mardi 19 janvier 2016

Boussole, Mathias Enard


Boussole par Enard

L'histoire : Nous suivons les fils de la pensée du personnage principal, malade et insomniaque. Au fil de la nuit, il nous emmène en voyage dans son passé, ses souvenirs et ses nombreuses digressions (tout à fait vraisemblables soit dit en passant) nous emmènent en fin de compte au bout de la nuit, au bout du monde. Malade, insomniaque, le cœur aussi loin de son maudit appartement autrichien que possible, le narrateur rejoue, le temps d'une nuit désespérément longue, les souvenirs qui le rattachent à une femme, Sarah, avec qui il a arpenté les terres de plusieurs pays du Moyen-Orient : la Syrie, l'Irak, l'Iran. L'occasion pour lui,  de revivre ces épisodes, de se remémorer notamment sa nuit à la belle étoile à Palmyre alors qu'il dormait auprès d'elle.
Une écriture poétique, presque surréaliste. Ce n'est pas un hasard si le livre s'ouvre sur un faux article mettant en parallèle Julien Gracq et André Breton. Un subtile jeu de miroir et de mise en abîme de l'espace et du temps, mêlé aux mirages d'Orient. Ce roman, comme un rêve, fait appel à nos sens : le lecteur s'imagine les bruits du souk et les parfums de Damas. Le lyrisme ne lie pas pas seulement l'Orient et l'Occident mais évoque également les grands artistes autrichiens. Il s'agit d'une quête de sens (dans tous les sens du terme). L'auteur soulève tous les enjeux de l'identité, pose la question "qui est l'autre ?". Vaste question, peut-être inaccessible pour beaucoup ce qui est étonnant pour ce Goncourt. Il s'agit d'un véritable voyage au sens de quête mais aussi de plongée onirique pour le lecteur, un total dépaysement.
Un triste écho à l'actualité, un hommage à un peuple riche de sa culture, de son patrimoine qui s'efface peu à peu dans la guerre. Un ouvrage qui refuse l'oubli et lutte pour ne pas se laisser enfermer dans le statut de réfugié, dans la misère et évoque un passé aussi glorieux que fuyant. Il faut une grande ouverture d'esprit et une certaine culture pour comprendre les nombre références au sein du texte.

Quatrième de couverture : La nuit descend sur Vienne et sur l'appartement où Franz Ritter, musicologue épris d'Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l'Autriche - Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran...- mais aussi, questionnant son amour impossible avec l'idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l'attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d'explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d'un désir pur de mélanges et de découvertes que l'actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l'âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, Boussole est un voyage et une déclaration d'admiration, une quête de l'autre en soi et une main tendue - comme un pont jeté entre l'Occident et l'Orient, entre hier et demain, bâti sur l'inventaire amoureux de siècles de fascination, d'influences et de traces sensibles et tenaces, pour tenter d'apaiser les feux du présent.

Mon avis : Au-delà de la vision onirique par laquelle le lecteur se laisse emporter, si nous nous y intéressons de plus près, la lecture n'est pas aussi facile qu'il n'y paraît. Je vous conseille de vous poser calmement et de ne lire que quelques pages par jour. Très riche (trop) de ses intertextualités, les références abondent et soulignent la grande culture de l'auteur. Pas toujours faciles à comprendre, il faut prendre le temps de chercher les références et de faire le lien avec les divagations du personnage principal. Des phrases longues et alambiquées toujours bien ponctuées, mais il faut rester concentré pour suivre.

Afficher l'image d'originePour aller plus loin : Le Prix Goncourt a l'avantage de parfois nous faire découvrir des auteurs talentueux et qui méritent de gagner en notoriété. Au vu du style de Mathias Enard, je vous propose de découvrir davantage cet auteur en lisant un autre de ses romans, moins connu bien sûr mais qui saura, je le sens, tout autant vous emporter. Il s'agit de Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants. Une plongée au cœur de la Renaissance....

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