samedi 23 avril 2016

L'Etranger, Albert Camus

Résumé : Le livre s'ouvre sur "Aujourd'hui maman est morte". Toute la première partie de l'ouvrage consacrée à ce deuil est vécue dans l'indifférence. Le protagoniste se sent obligé de se justifier vis à vis de la situation par de fréquents "Ce n'est pas ma faute". Un manque d'humanité davantage reproché au personnage que le meurtre de l'Arabe. La distanciation, la déshumanisation progressive du protagoniste le conduit à l'irréparable, à l'acte inhumain par excellence, le meurtre. Indifférent en monde qui l'entoure, à l'amour (de Marie), il agit passivement et subit le monde extérieur. D'où son absurdité. 
Dans la seconde partie, l'absurde est souligné par le procès de Meursault. Plus que le fait d'être jugé pour son crime (le meurtre de l'Arabe est totalement occulté), c'est le procès d'un fils qui n'aime pas sa mère, insensible et rejeté par tous.

Quatrième de couverture : Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s'est ouverte, c'est le silence, et cette singulière sensation que j'ai eue lorsque j'ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n'ai pas regardé du côté de Marie. Je n'en ai pas eu le temps parce que le président m'a dit dans une forme bizarre que j'aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français...

Mon avis : Pour Albert Camus, la vie des individus, l'existence humaine en général, n'ont pas de sens ou d’ordre rationnel. C’est parce que nous éprouvons des difficultés à accepter cette notion que nous tentons en permanence d'identifier ou de donner une signification rationnelle à nos actes. Le terme « absurdité » décrit cette vaine tentative de l'humanité à trouver un sens rationnel là où il n'en existe pas. Bien que dans L'Étranger Camus ne se réfère pas explicitement à la notion de l'absurde, les principes de l'absurdité fonctionnent dans le roman. Ni le monde extérieur dans lequel Meursault évolue ni le monde intérieur de ses pensées, de même que son comportement, ne relèvent d’un ordre rationnel. Une étrangeté à plus d'un titre : à l'égard de l'autre que soi qui constitue un mystère et l'égard d'une autre culture. Le personnage de Meursault vit sa vie avec une certaine distance (presque d'un point de vue externe) comme simple spectateur. L'acte gratuit de tuer est vécu comme une folie (perte de contrôle, non-sens), un suicide (échec de la vie), une liberté (acte de rébellion contre le monde extérieur) ?
Le point de vue interne est utilisé à dessein. Malgré ce procédé narratif, le personnage reste spectateur à l'image de la scène du balcon : il observe les autres vivre leur vie un dimanche après-midi et lui, reste à l'écart de toute cette agitation. Le style est personnel mais le rendu est le plus impersonnel possible par une suite de constatations méticuleuses du déroulé de sa journée : se laver les mains, se préparer à manger... On ne peut observer aucune émotion. Indifférent à tout même à son propre sort, il se désintéresse de son procès, de sa mort et souhaite davantage que la haine lui fasse enfin ressentir quelque chose. Même le crime commis n'a rien de personnel : embarqué de manière naïve, presque malgré lui par Raymond qui en fait le témoin idéal de ses mauvaises habitudes. 
C’est parce que tous les êtres humains finiront par rencontrer la mort que toutes les vies sont dénuées de sens. Tout au long du roman, Meursault évolue progressivement vers cette révélation, mais il n’en saisit pleinement la réalité qu'après sa dispute avec l'aumônier. Parce que la révolte est la seule réponse à l’absurde.

Meursault, contre-enquêtePour aller plus loin : Je vous propose si ce n'est déjà fait de redécouvrir le point de vue d'un Arabe sur cette affaire, dont je vous ai parlé il y a quelques jours, Kamel Daoud et son Meursault, contre-enquête. Je trouve très enrichissant d'avoir une autre lecture de ce grand ouvrage de Camus. Il s'attache à redonner son importance au meurtre de cet Arabe qui n'a même pas de nom. C'est une autre forme de révolte face à l'indifférence et un combat qui consiste à redonner une identité à une victime.

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