jeudi 22 juin 2017

L'aube le soir ou la nuit, Yasmina Reza

L'aube le soir ou la nuitRésumé : Pendant un an, Yasmina Reza suit Nicolas Sarkozy pendant sa campagne électorale de 2007. Elle l'accompagne dans ses déplacements et prend des notes. C'est bien court comme résumé me direz-vous, c'est normal, il n'y a pas grand chose à dire.

Quatrième de couverture : Ils jouent gros. C'est ce qui me touche. Ils jouent gros. Ils sont à la fois le joueur et la mise. Ils ont mis eux-mêmes sur le tapis. Ils ne jouent pas leur existence, mais, plus grave, l'idée qu'ils s'en sont faite.

Mon avis : Le rythme est assez déroutant : haché. Des bribes d'anecdotes par ordre chronologique. L'auteur retrace des notes prises à la va-vite et le manque de temps du candidat. Pas de détails inutiles ou de mises en situation. Cela suppose d'être très bien informé sur une actualité qui désormais remonte à dix ans (les faits divers, les grèves, les meetings importants...) bref, il y a une éternité de nos jours. Elle met de la distance avec ces personnalités politiques, a du mal à les nommer ou seulement par leur nom de famille. Yasmina Reza retrace des faits, cite des mots, des gestes. Aucune analyse. Pour moi, ce n'est donc pas vraiment du journalisme. A peine sent-on une pointe d'ironie, une hostilité qui n'en est pas vraiment une. En comparant Sarkozy à un petit garçon, n'est-ce pas une forme d'attendrissement et d'attachement ? Même si son orgueil, sa suffisance, son manque d’écoute sont mis en avant tout au long du texte. La narration est d'ailleurs parfois carrément interrompue par quelques lignes de dialogues retranscrits à priori mot pour mot. 
L’une des stratégies de Reza consiste à esquiver tout étiquetage de ses opinions politiques, en évitant le clivage droite/gauche tout en personnalisant son propos, elle n’a jamais pris part à la campagne : « suis-je censée me mêler de quoi que ce soit ? non, bien sûr ». Sa neutralité est parfois prise en défaut comme lorsqu’elle émet des jugements sur des discours du candidat de l’UMP.
Au final, le lecteur se demandera quel est l'intérêt de ce livre... S'il se veut être une étude "sociologique" sur la compétition politique et la campagne électorale, ce livre passe complètement à côté, l'auteure restant constamment dans le superficiel. S'il se veut être un simple documentaire sur l'homme Nicolas Sarkozy, là encore, il demeure sans intérêt, on n'y apprend rien. Elle ne le rend pas non plus "humain" à nos yeux, ses failles n'étant qu'effleurées. Cecilia Sarkozy est absente ou presque du récit (une ou deux fois citée en fond d’écran). Il est difficile d’avaler le coté négligeable de l’épouse dans le décryptage du personnage Sarkozy surtout pendant la période qui est décrite dans l’ouvrage. Cette évidente censure ou auto censure est une des traces de ce "politiquement correct" qui écorne le récit. Sarkozy aurait dit à propos de Reza : « Il faut la laisser en liberté, sinon tu cours à la catastrophe absolue avec elle » si ce n'est que ce livre a été publié en août 2007,  juste après la victoire du candidat, mais le candidat ne courait pas le danger que L’aube influe sur les résultats du scrutin . Par contre, le président prenait le risque qu’elle fasse de lui un portrait négatif, surtout au vu de la dérision et de l’irrévérence de Reza envers les gens qui se sentent importants ou investis d’une mission. En une phrase, non sans une pointe de mégalomanie, Sarkozy lui avait dit lorsqu’elle lui avait soumis son projet : « Même si vous me démolissez, vous me grandirez ». De fait, Sarkozy avait effectivement bien senti que l’enjeu serait binaire : petitesse ou grandeur. 

Pour aller plus loin : Je ne l'ai pas lu pendant la période électorale mais après, avec recul. Je pense que cela m'a permis de réfléchir à tête reposée. On entre dans les coulisses d'une campagne présidentielle à la manière des reportages qui se sont succédés sur Emmanuel Macron ces dernières semaines.

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