samedi 10 juin 2017

Le Jardin des Finzi-Contini, Giorgio Bassani

Résumé : Giorgio Bassani nous donne un aperçu de la société provinciale italienne, autour d'une énigmatique figure de jeune fille, un tableau minutieux et concret, mais en même temps voilé de brume. Il y a le monde et il y a le microcosme d'une famille, aristocratique et solitaire,  séparée du monde par les murs de son immense jardin planté d'essences rares. 
Lui est un jeune intellectuel féru de littérature, issu d'une bourgeoisie juive assimilée et aisée –son père, avant d'en être exclu, a même adhéré au parti fasciste. Elle est issue d'une vieille aristocratie juive établie en Italie après l'inquisition espagnole : elle incarne l'indépendance, la modernité, le refus des préjugés étrangement associé au goût et à la pratique des traditions. Dans cet univers entre parenthèse, ce paradis provisoire guetté par la tourmente de l'Histoire, tout prend une intensité extraordinaire : le charme des lumières et celui des saisons - comme cette première pluie d'automne observée sur le seuil de la remise par les jeunes gens , signe avant-coureur des désillusions sentimentales et des malheurs à venir. Dans cet écrin unique, s'exaltent les passions : celle d'Alberto pour la décoration «moderniste», qui masque mal sa solitude et sa probable homosexualité, celle faussement conflictuelle de Malnate, le goï milanais et communiste et de Micol, l'aristocrate intellectuelle et hédoniste, et enfin, bien sûr, celle du narrateur pour la belle Micol dont nous avons déjà parlé.

Quatrième de couverture : De hauts murs entourant un immense jardin planté d'essences rares séparent les Finzi-Contini de la société provinciale de Ferrare - et du reste du monte - pendant ces années du fascisme triomphant. Mais l'application des lois raciales, et concrètement l'exclusion de tous les Juifs du club de tennis local, pousse la famille à abandonner cet isolement hautain et à ouvrir les portes de sa grande demeure. C'est ainsi que le narrateur devient non seulement acteur, mais aussi témoin et chroniqueur de ce monde au bord du gouffre, que ni les parties de tennis dans le parc ni les conversations spirituelles dans la magnifique bibliothèque des Finzi-Contini ne sauveront de l'anéantissement.

Mon avis : Je l'avais déjà lu mais j'en avais gardé un mauvais souvenir. Comme quoi, on gagne en maturité et on gagnerait à relire certaines oeuvres que l'on n'a pas aimées. Le Jardin des Finzi-Contini est un roman singulièrement envoûtant, car c'est surtout celui des relations humaines complexes qui finalement demeurent en suspens : celles qui lient le narrateur à l'insaisissable Micol, celle-ci à son frère Alberto, l'amitié trouble d'Alberto pour le Milanais Malnate, ou celle difficile du protagoniste pour ces deux jeunes gens.
La « malinconia » emporte le narrateur, attendri et troublé dans un long voyage dans le passé. Dès le début, s'opère un lent mouvement funèbre de repli dans le temps : d'abord la tombe étrusque, et puis le cimetière juif de Ferrare, et, dans ce vieux cimetière, le tombeau baroque et surchargé des Finzi-Contini – presque un cénotaphe pourtant : tous ceux qui auraient dû reposer dans cet aristocratique caveau familial sont partis en fumée dans les camps de la mort.
Funèbre ouverture et funèbre clôture : le récit s'achève sur un double « tombeau » poétique : les vers de Mallarmé, cités par Micol Finzi-Contini, qu'elle aime plus que « l'horrible futur » - mais qu'elle place pourtant largement après « il caro, il bel, il pio passato »- « le cher, le beau et le pieux passé ».
Paroles de désespoir et de dépit sur lesquelles, à son tour, pieusement, le narrateur pose les scellés de son récit , comme un dernier baiser d'amour à celle qui n'est plus.
Cette ouverture et cette fermeture, funèbres et musicales, encadrent gravement le récit d'un premier amour vécu à contre-temps entre le narrateur, un très jeune garçon possessif, maladroit et romanesque et Micol Finzi-Contini, une jeune fille libre, vive et extraordinairement lucide.
Amour maudit et non partagé (à moins que celle-ci se l'interdise au vu de la catastrophe qui se profile), qui donne au contexte une force particulièrement tragique, lorsque le destin se met en branle et entraîne avec lui tous les protagonistes de l'histoire. L'argent ne les protègera de rien et leur destin sera à la mesure de leurs illusions. Alberto mourra de maladie à l'intérieur même du domaine (par asphyxie, ce qui n'est pas anodin) alors que sa mère, obsédée par les microbes, tentait d'empêcher ses enfants de sortir de chez eux. Tous les autres mourront en camp de concentration. 
Un seul bémol : la fin, abrupte et trop courte par rapport au reste du livre, comme si tout avait été déjà dit.

Le Jardin des Finzi-Contini : AffichePour aller plus loin : Le roman a été adapté en 1971 avec Vittorio De Sica, et a remporté l'Oscar du meilleur film étranger et l'Ours d'Or à Berlin. Dès les premières minutes le charme opère avec ces plans de paysages d'une incroyable beauté, d'ailleurs le film lui-même met en valeur une des composantes principales,  à savoir les magnifiques décors des fleurs du jardin, aux rues urbaines. Esthétiquement très beau, cette sublime histoire dramatique à la fois naïve et incroyablement réaliste et intimiste est racontée un ton monotone et singulier.

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