lundi 10 juillet 2017

Le matrimoine, Hervé Bazin

Acheter le livre d'occasion Le matrimoine sur livrenpoche.com Résumé : Dans la langue familière, se marier est souvent pris comme synonyme de faire une fin, ce qui semble impliquer qu'a été conclue une association assurant au nouveau couple l'opulence et la paix jusqu'à son dernier jour. Or ce jour-là est lointain, ceux qui s'écoulent entre-temps onéreux et la fin est en réalité celle de la vie antérieure à la cérémonie : tel est le paradoxe du mariage dont le jeune avocat angevin Abel Bretaudeau mesure la vérité dès le retour du voyage de noces.
Rien ne l'a préparé à l'existence à deux qui commence pour lui avec Mariette Guimarch, fille de bonnetiers prospères. A deux ? C'est compter sans l'invasion de la belle-famille, puis bientôt d'une nouvelle génération de Bretaudeau, tous profondément marqués par l'éducation Guimarch.
Ainsi le veut la tendance du siècle où le sceptre échappe au roi pour passer aux mains de la reine, où le patrimoine se transforme en matrimoine pour la plus grande gloire de la "méragosse"... et son plus grand souci. Abel le note d'une plume tour à tour vengeresse, amusée, attendrie, au fil de cette chronique d'un ménage pareil à tant d'autres qui est aussi la chronique spirituelle et percutante des mœurs de notre temps.

Mon avis : Comme d'habitude, l'auteur nous livre une étude sociologique d'une étape clé de la vie : le mariage ; c'est-à-dire, le renoncement à la jeunesse pour la vie de famille et toutes les responsabilités que cela implique. Bazin par son style bien unique, traite un sujet encore sensible à l'époque, tout en brisant les tabous, en évoquant la réalité de la vie conjugale pour enfin conclure que le mariage n'est pas toujours cette fin heureuse dont rêvent beaucoup de jeunes couples. Dans les années 1950, la place de la femme est bien définie : c'est "l'épouse de", "la mère de". Elle n'a pas d'existence en propre et est soumise à l'autorité du chef de famille. Avec le barbarisme du titre, Hervé Bazin nous explique par le biais de son roman qu'en réalité, il n'en est rien. Les femmes soumettent leur époux, puis leurs enfants, à leur volonté. C'est un être qui se perd, se dilue, dont la personnalité et le physique disparaît avec la maternité pour en faire une personne inconnue qui n'a rien à voir avec la jeune fille épousée. De sorte que c'est ainsi que l'homme se justifie de son infidélité, voire même, l'explique par la recherche de sa conjointe à travers les autres.
Ce livre a choqué la France bien pensante des années 1960, pour avoir remis en cause le mariage, la famille, alors pièce incontestée de la construction d'une vie humaine, et passage logique et obligé de la mi-vie. Hervé Bazin en rajoute: à l'usure progressive de l'amour originel, à la banalité des gestes et préoccupations quotidiennes de la mère de famille, à l'obligation de calculer (même avec une bonne situation, il faut faire des choix), à la présence trop intrusive de la belle famille, il ajoute des éléments ordinairement tabous dans la description de la vie du couple: la sexualité des jours ordinaires, le changements du physique de sa femme au fil du temps qui passe et des grossesses, les incidents, frictions, chamailleries de la vie quotidienne, le dérisoire des loisirs des vacances à la mer... Par ailleurs, il est à noter que jamais un enfant n'est présenté de façon positive : ce n'est qu'une sorte d'animal bruyant et capricieux, en plus d'être une bouche à nourrir.
Je me suis délectée des bons mots de l'auteur et de son ironie grinçante. Je le conseille à tous les jeunes mariés et aux couples plus âgés. C'est un de ces romans méconnus qui pourtant gagnerait à l'être un peu plus.

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