vendredi 25 novembre 2016

California Girls, Simon Liberati

image couverture california girls simon liberati éditions grasset Résumé : Los Angeles, 8 août 1969 : Charles Manson, dit Charlie, fanatise une bande de hippies, improbable « famille » que soudent drogue, sexe, rock’n roll et vénération fanatique envers le gourou. Téléguidés par Manson, trois filles et un garçon sont chargés d’une attaque, la première du grand chambardement qui sauvera le monde. La nuit même, sur les hauteurs de Los Angeles, les zombies défoncés tuent cinq fois. La sublime Sharon Tate, épouse de Roman Polanski enceinte de huit mois, est laissée pour morte après seize coups de baïonnette. Une des filles, Susan, dite Sadie, inscrit avec le sang de la star le mot PIG sur le mur de la villa avant de rejoindre le ranch qui abrite la Famille.
Au petit matin, le pays pétrifié découvre la scène sanglante sur ses écrans de télévision. Associées en un flash ultra violent, l’utopie hippie et l’opulence hollywoodienne s’anéantissent en un morbide reflet de l’Amérique. Crime crapuleux, vengeance d’un rocker raté, satanisme, combinaisons politiques, Black Panthers… Le crime garde une part de mystère. L'auteur tente de reconstituer les heures qui ont précéder et qui ont suivi le drame en s’immisçant dans cette communauté sordide.

Quatrième de couverture : En 1969, j’avais neuf ans. La famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire. J’ai grandi avec l’image de trois filles de 20 ans défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ. Plus tard, j’ai écrit cette histoire le plus simplement possible pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyr de Sharon Tate.

Mon avis : Pas ou très peu d'analyse psychologique, mais une ambiance, à la fois solaire et profondément délétère. Des jeunes filles perdues, qui trouvent en Manson, gourou performant, une réponse à leur soif d'attention, de reconnaissance et d'amour. Certaines d'entre elles ont été malmenées durant leur enfance, d'autres recherchent juste un maître à penser, un guide, une voie à suivre dans cette Amérique puritaine se disloquant sous l'essor du mouvement hippie. Ils sont les disciples de Charles Manson, des paumés venus grossir les rangs de la Famille de Spahn Ranch ; un ancien plateau de cinéma planté dans le désert à quelques kilomètres d'Hollywood. Là, ils endurent la saleté, la faim, recherchent l'amour de l'autre dans l'orgie. Août 1969, Manson leur passe en boucle le White Album des Beatles auquel il prête des messages subliminaux. Cette vie en vase-clos et les drogues aidant, tous boivent ses paroles et attendent l'Apocalypse imminent dont Manson les sauvera. Déifié, le gourou incrimine la population noire et prêche un racisme d'une rare violence. Il entend initier une guerre entre les blancs non-initiés à sa philosophie qu'ils nomment « cochons » et les noirs. Un gourou, voilà ce qu'il était, ni plus ni moins. Il a beaucoup fasciné mais aujourd'hui encore, on peut trouver des personnages aussi charismatiques pour leur petite taille et qui pousse à faire des choses ignobles... 
Bien documenté, sans aucun commentaire, moralité ou apologue, brutalement vrai, mais jamais voyeur, ce récit nous donne à voir de l'intérieur- on épouse le regard de Sadie, de Tex, de Linda..- l'épopée sanglante d'une folie manipulatrice dans des décors de cinéma rendus complètement surréalistes : vieux ranches poussiéreux, clubs de motards tout droit sortis d'Easy Rider, belles villas hollywoodiennes, désert du bout du monde, plages de surfeurs blonds et bronzés.. Si les scènes de violences ne sont pas reléguées au deuxième plan, elles ne versent pas pour autant dans le voyeurisme pur. Fiction fondée sur des faits réels, California Girls permet de mieux appréhender ce drame et d'avoir une vision globale de sa genèse. Mais qu'on ne se méprenne pas, cela reste une fiction basée sur des faits réels. L'auteur, bien que documenté, n'a pu qu'imaginer ce qu'il a pu se passer. On se relève, bel et bien sonné de ces quelques pages, se rappelant que Manson, ordonnateurs de massacres, a toujours oeuvré pour que la réalité la plus inconcevable dépasse la fiction. Leader délétère, monstre charismatique, il a marqué la fin de cette année et les autres à venir du sceau de la mort et relégué le California Dreamin' au rang de cauchemar. On ne sait plus trop quelle est la part d'horreur, de cauchemar dans tout ça... Le lecteur lui-même est emmené dans ce tourbillon psychédélique.  Le fait divers est traité comme une étude quasi clinique des faits et empêche malheureusement, l'émotion d'étreindre le lecteur, qui se sent parfois un peu oppressé par cette description presque linéaire de faits particulièrement glauques. On a en effet l'impression de se retrouver un peu devant un rapport de justice ou de tribunal et cette accumulation de rapports sur laquelle s'appuie Liberati possède ses avantages et ses limites.
Mais cela nous force à voir un peu plus loin et à nous poser cette question : si les peinture d'Hitler avaient eu du succès, celui-ci serait resté un barbouilleur sans talent mais ne serait peut-être pas devenu le monstre que l'on a connu ? Si Charles Manson avait réussi dans la musique, s'il avait pu développer le talent que lui reconnaissaient Neil Young et Denis Wilson eux-mêmes, il n'aurait pas eu besoin, peut-être, d'étendre son emprise de gourou maléfique sur des drogués bourrés de substances hallucinogènes des membres de sa « Famille ».

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