vendredi 17 mars 2017

Le Prince, Machiavel

Le Prince par Machiavel Résumé : Féru de politique, Machiavel recherche le bon gouvernement et avec lui le juste dosage d'une souverain qui saurait trouver le bon équilibre entre la crainte qu'il inspire et l'amour de ses sujets, établi un peu dans l'urgence, en exil en 1513. A l'image de son modèle, César Borgia, être un bon gouvernant n'a pas grand chose à voir avec le caractère du personnage mais de savoir comment bien gouverner et donc de "garder" son royaume à l'abri des révoltes et des attaques ennemies. Pour un prince, donc, il n'est pas nécessaire d'avoir toutes les qualités susdites, mais il est tout à fait nécessaire de paraître les avoir. Cette réflexion n'a donc rien de "machiavélique". Pour lui, aucun conflit entre morale et bonne politique. Toutefois, le point de morale s'exerce sur le gouvernant qui ne doit pas avoir acquis sa principauté "par des moyens indélicats". Le Prince s'adressait en vérité au peuple pour l'avertir des stratégies utilisées par les tyrans. Œuvre géniale dans son ambiguïté, Le Prince peut donc être lu soit comme un traité de gouvernement à l'usage du despote, soit comme un ouvrage de science, voire comme une critique déguisée du despotisme.


Mon avis : Au fil du temps, Machiavel a acquis une réputation un peu exagérée. Voilà pourquoi : il faut bien avoir à l'esprit que son style est caractéristique du XVIème siècle et n'a donc rien d'exceptionnel. Toutefois, si on lit son oeuvre au premier degré, avec notre regard contemporain et anachronique, effectivement, il y a de quoi sourire. 
La thèse de Machiavel veut que finalement, la crainte n'est pas si différente de l'amour car le vrai contraire de la peur est la haine. Il ne désapprouve pas la violence quand elle est privée. Il est à noter que l'insécurité est un défi à l'autorité du prince, à l'image de la soumission de la Romagne à César Borgia. Dans le dernier chapitre de son traité, Machiavel appelle de ses voeux un prince qui délivrerait l'Italie des Barbares, français et espagnols ; non pas qu'il fasse référence à l'Italie comme nation, c'est beaucoup trop tôt, mais comme race commune face à l'étranger. Oui, c'est de la xénophobie comme c'était courant à l'époque à l'égard de "l'autre". En ce sens, le peuple en Italie représente la civilisation et tous les autres sont des barbares. Aussi, pas d'originalité de Machiavel dans son propos, ni dans la forme (d'autres auteurs de l'Antiquité ont établi des traités politiques bien connus tel que Thucydide et Philippe de Commyres) mais du style. Il ne dit pas ce qui devrait être mais ce qui doit être. L'emploi de ce ton autoritaire est étonnant. Surtout lorsqu'on sait qu'il adresse son traité directement à Laurent de Médicis. S'il se place en tant que conseiller, c'est un peu dangereux de "faire la leçon" à ce Médicis pour qu'il conserve le pouvoir. N'oublions pas que Machiavel est soupçonné d'avoir participé à la conjuration de Boscoli. Le Prince, dédié à Laurent de Médicis, est pour lui une tentative de retrouver une place dans la vie politique de Florence.
Par ailleurs, il étaye son propos politique de nombreux exemples contemporains tels que ceux de Milan, Venise ou Ferrare pour illuster à Laurent ce que sont les bons ou mauvais comportements à adopter. Ex: "Celui qui fait la puissance d'un autre fait en même temps sa propre ruine".

Pour aller plus loin : 
Le texte de Machiavel est très court, à peine une centaine de pages. Il s'agit d'un traité, ne l'oublions pas. Pour ne pas rester sur sa faim, on peut compléter sa lecture des autres écrits politiques du même auteur : l'Art de la guerre, Histoires florentines, etc... qui apportent plus de détails à ses thèses en prenant toujours exemple sur les traités de la Rome Antique et notamment sur Tite-Live.
Je trouve la réflexion de Machiavel toujours aussi moderne et débordante d'actualité. Aujourd'hui, on donne bien des cours de management : comment ménager la chèvre et chou ? Comme se faire craindre et se faire aimer de ses subordonnés ? Je vous  épargnerai un livre de  développement personnel du parfait chef de personnel, vous avez compris le principe.

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