vendredi 8 avril 2016

Le cimetière de Prague, Umberto Eco


Le Cimetière de PragueRésumé : Le dix-neuvième siècle regorge d’événements plus ou moins mystérieux : les Protocoles des sages de Sion, célèbre faux qui incita Hitler à mettre en place l’Holocauste, l’affaire Dreyfus, mais aussi de nombreuses intrigues impliquant les services secrets de plusieurs nations, des loges maçonniques, des conspirations jésuites, ainsi que d’autres épisodes qui, s’ils n’étaient avérés, inspireraient des feuilletons comme ceux d’il y a 150 ans. Umberto Eco a réuni tous ces faits divers et les a imputé à son personnage principal, antisémite, comme pour rappeler que n'importe qui peut être responsable des plus grands faits historiques. Ce roman est un récit à épisodes, dont tous les personnages - protagoniste mis à part - ont réellement existé, jusqu’au grand-père du héros, auteur d’une mystérieuse missive à l’abbé Barruel, lettre qui engendra l’antisémitisme moderne. Le seul personnage de fiction du roman (mais qui ne nous en rappelle pas moins de nombreuses personnes croisées au hasard de nos rencontres) devient ainsi l’auteur de diverses machinations et complots. On y croise fripouilles et francs-maçons, toute une galerie de personnages dignes d'un Balzac. Le tout est un roman à trois voix : le narrateur, le personnage principal et sa conscience. 


Quatrième de couverture : De Turin et Palerme à Paris, nous croisons des hystériques, des satanistes, des escrocs, un abbé qui meurt deux fois, des cadavres dans un égout, des jésuites complotant contre des francs-maçons, des confraternités diaboliques et des carbonari étranglant des prêtres. Nous assistons à la naissance de l’affaire Dreyfus et à la fabrication des Protocoles des Sages de Sion. Nous prenons part à des conspirations, aux massacres de la Commune et à des messes noires… 
Tout est vrai dans ce savoureux feuilleton, à l’exception du principal narrateur, Simon Simonini, dont les actes ne relèvent cependant en rien de la fiction. Trente ans après Le Nom de la rose, Umberto Eco nous offre le grand roman du xixe siècle secret.

Mon avis : L’ouvrage est illustré, à l’instar des feuilletons d’autrefois. Ces images sont des documents d’époque, et pourraient ainsi éveiller une certaine nostalgie chez le lecteur désireux de retrouver les livres de sa jeunesse. On peut d'ailleurs considérer deux types de lecteurs : d’abord celui qui n’a aucune idée que ces événements ont réellement eu lieu, qui ne connaît rien à la littérature du dix-neuvième siècle (Umberto Eco est fantastique, digne d'un  Zola dans ses descriptions du petit peuple) et qui, donc, a pris Dan Brown pour argent comptant et se délectera avec une satisfaction sadique de ce qu’il pensera être une invention perverse, ce qui vaut également pour le personnage principal, assez exécrable et antipathique (faussaire, antisémite, misogyne, il a toutes les qualités). Il y a aussi le lecteur plus instruit, celui qui sait, ou du moins se doute, que des faits sont avérés. Conspiration ou crainte d'une autre guerre de religion, ce roman est d'autant plus d'actualité.S i vous n'aimez pas la grande littérature, celle des écrivains du XIXème siècle, vous n'aimerez pas. Pour les autres, vous vous régalerez, comme moi. Umberto Eco, ce grand monstre de la littérature contemporaine, fait montre d'une grande culture sur la vie parisienne et bien sûr, sur l'Italie de Garibaldi. Une érudition fort bien documentée : le Risorgimento (mouvement pour l'unification du Royaume d'Italie) et la Commune de Paris (1870). S'il faut caractériser en un seul mot le contexte intellectuel, il s'agit de la résurgence massive de l'antisémitisme en Europe, avec la diffusion de la phobie du "complot judaïco-maçonnique mondial", créée ou alimentée par deux célèbres faux historiques : le Protocole des Sages de Sion et, comme épilogue, le bordereau Dreyfus. Entre parenthèses, une lecture psychanalytique à plusieurs niveaux du protagoniste, de son dédoublement et aussi de son antisémitisme, est possible, grâce à un savoureux clin d'oeil au Juif autrichien ("ou allemand, c'est pareil" !) le docteur Froïde, consommateur de cocaïne...

Pour aller plus loin :
Image illustrative de l'article Les Protocoles des Sages de SionLes Protocoles des Sages de Sion est un faux document qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les juifs et les francs-maçons. Ce document a été rédigé à Paris en 1905, par un informateur de l'Okhrana (la police secrète de l'Empire russe), Mathieu Golovinski. Il plagie le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly, pamphlet satirique décrivant un plan fictif de conquête du monde par Napoléon III, pour décrire un programme élaboré par un conseil de sages juifs afin d'anéantir la chrétienté et dominer le monde. L'auteur et ses commanditaires veulent convaincre Nicolas II et son gouvernement des méfaits d'une trop grande ouverture à l'égard des juifs de l'Empire. Le livre réunit les comptes-rendus d'une vingtaine de prétendues réunions secrètes exposant un plan de domination du monde qui utiliserait violences, ruses, guerres, révolutions et s'appuierait sur la modernisation industrielle et le capitalisme pour installer un pouvoir juif mondial.
Adolf Hitler y fait référence dans Mein Kampf comme argument justifiant à ses yeux la théorie du complot juif et en fait ensuite l'une des pièces maîtresses de la propagande du Troisième Reich. Il est devenu aujourd'hui tout à la fois une figure emblématique de l'antisémitisme et de la falsification.

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